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Diaporama

" L'Empire vous ouvre ses portes"

 

La lettre du Capitaine Marchall

 

Avant propos :
Cette histoire - retrouvée et rapportée en 1979 par messieurs Cuny et Rouland - est authentique.
Cependant, afin de préserver l'anonymat de certaines personnes, quelques noms ont pu être changés.


 

La lettre

   Les dernières cartouches viennent d'être distribuées . Chacun des 35 soldats en met une de côté pour "l'ultime assaut", car tous le savent , mieux vaut la mort que de tomber aux mains de ceux qui les encerclent ; Avant de tuer les blessés ou les prisonniers, l'ennemi les mutile de façon odieuse et chacun des hommes qui occupe encore le petit fortin isolé ce soir là a déjà vu de ses yeux l'atroce spectacle de camarades torturés ainsi , avant d'être égorgés .

    Nous sommes en 1915, pendant la première guerre mondiale , aux frontières de l'Égypte qu'occupent alors les armées Turques , et le capitaine Marchall qui commande cette poignée de français sait bien que la situation est désespérée . Ce n'est plus qu'une question d'heures . Dès que le jour sera levé, ce sera l'ultime attaque ennemie...le dernier combat . Il est impossible d'espérer du secours . Tous les messagers qui ont essayé de passer ont été tués , et leurs corps mutilés sont là , à quelques centaines de mètres , exposés fasse à leurs camarades adossés à la dune.
 
     Le capitaine Marchall a , lui aussi , mis une balle de côté . En la faisant sauter dans sa main il songe à l'étrange destinée qui va le faire mourir ici , dans ce désert aride du Sinaï , là où son arrière-grand-père mourut également voici plus d'un siècle . Peut-être pas dans cette vieille forteresse qu'il occupe aujourd'hui, mais quelque part par là . Il était capitaine comme lui et servait alors sous les ordres de Bonaparte, lors de la fameuse campagne d'Égypte . Sa famille possède encore le sabre d'honneur du capitaine Marchall mort à l'ennemi en 1798 qu'il a si souvent admiré .
 
     Étrange destinée en effet que celle de cet homme qui , 117 ans plus tard , se retrouve comme son ancêtre dans les mêmes lieux... face aux mêmes ennemis. Mais il reste environ un verre d'eau par homme et , avec une vingtaine de cartouches par combattant , tout espoir n'est pas perdu . Avec le jour, l'assaut sera donné, et par centaines les armées turques , alliées de l'allemagne , vont se ruer vers le fortin.

Il faut les surprendre !

     Le capitaine cherche une idée pour dissimuler ses hommes et , tandis qu'il réfléchit au problème , son lieutenant survient, escortant un vieil Arabe enroulé dans son burnous.
 
- « Cet homme prétend avoir une lettre pour vous, mon capitaine ».  Marchall lance un regard soupçonneux à l'inconnu . Une lettre ? qui pourrait bien lui adresser une lettre ? Ce vieillard n'a rien d'un émissaire ennemi ; Généralement on les choisit plus jeunes et plus représentatifs.
- « Tu as une lettre pour moi ? »
Le vieil homme s'approche de l'officier et le regarde droit dans les yeux.
-
« Tu es bien le capitaine Marchall ? »
Malgré l'acquiescement du militaire, l'homme au burnous repose sa question avec insistance :
-
« c'est bien toi, le capitaine Marchall ? »
- « Hé oui, c'est moi. Eh bien, que veux-tu ? »
Alors le vieil Arabe tombe à genoux et se prosterne devant Marchall qui ne comprend rien à toutes ces simagrées . L'homme lève vers le ciel un visage rayonnant de bonheur , articule des phrases incompréhensibles mais qui représentent indiscutablement des remerciements adressés au Très Haut , car les mimiques sont révélatrices . Puis l'arabe se redresse et tend à l'officier un papier plié de curieuse façon. Sur le dessus est griffonné un nom, à peine lisible tant l'encre qui a servi à l'écrire est délavée :

« capitaine Marchall ».

     Il n'y a aucun doute, cette lettre lui est bien destinée . Tandis qu'il déplie le papier défraîchi en se posant mille questions sur l'identité de ce correspondant mystérieux , le vieil homme le regarde avec une profonde reconnaissance , et dit : - « Mon père aurait été heureux de vous la remettre lui-même ! Allah m'a permis de le faire pour lui. »

     Le capitaine Marchall tient à présent la lettre ouverte devant lui . L'écriture de son auteur est bâclée, presque illisible . Avec beaucoup d'efforts , l'officier arrive à déchiffrer les trois premiers mots : « mon cher Marchall ». C'est donc quelqu'un qui le connaît personnellement . « Immédiatement après réception de cet ordre… » La suite du texte est plus difficile à lire, mais il émane de toute évidence d'un supérieur . « … que je vous envoie par un jeune indigène… » Marchall suspend sa lecture. Le coup d'oeil qu'il jette au vieil Arabe reflète tout à coup la plus grande méfiance . Qui peut lui adresser cette missive ? il n'y a aucun corps de troupe à 20 km à la ronde, et personne ne sait qu'il est assiégé de toutes parts depuis plus de trois jours, et quant au jeune messager, c'est un vieillard ! Le regard du capitaine glisse au bas de la lettre , sur la signature qui s'étale , large , musclée, incisive comme l'éclair . Et là, Marchall croit être l'objet d'une aberration. À moins qu'il ne s'agisse d'un canular, car la lettre est signée…

     Marchall relit cinq fois la signature . Une fois avec une sorte d'hébétude, une seconde fois avec méfiance, une troisième avec intérêt , une quatrième avec surprise et une cinquième avec une émotion naissante. Bonaparte ! À côté de ce nom, une année dont le mois est illisible : 1798.

     1798 ! C'est l'année de la campagne d'Égypte . Marchall réfléchit .
- «
Qui t'a donné cette lettre ? » demande-t-il.
Sans perdre un instant sa sérénité, le vieil Arabe répond le plus naturellement du monde :
-
«C'est le général Bonaparte qui l’a donné à mon père, et mon père en mourant m'a chargé de te la remettre en main propre.» 
Pressé de questions , le vieil homme raconte l'histoire incroyable mais vraie , qui fait qu'en cette année 1915, il remet au capitaine Marchall une lettre confiée à son père plus d'un siècle auparavant .
 
     En 1798, Bonaparte , alors en pleine campagne d'Égypte , l'adresse à l'un de ses officiers , le capitaine Marchall . Il la confie à l’un des Arabes récemment ralliés à sa cause , le cheikh Maluk , âgé de 22 ans. Celui-ci arrive trop tard et ne trouve pas le destinataire . Frappé sans doute par le magnétisme qui émanait du futur empereur , il a peur de retourner vers lui pour lui dire qu'il n'a pas accompli sa mission . Alors, toute sa vie , il n'aura qu'un but , qu'une obsession , remettre sa lettre au capitaine Marchall .
À sa mort, en 1874 , il a 98 ans , et fait jurer à son fils qui en a 48 , de remplir sa mission , et à intervalles réguliers des années durant - et sans chercher à comprendre - celui-ci viendra au fortin demander si le capitaine Marchall est là . Pendant 41 ans , Maluk , fils du cheikh allié de Napoléon Bonaparte , viendra frapper à la porte pour se décharger de la mission que lui a confiée son père . Et 41 ans plus tard, par un hasard que seules les lois de la destinée peuvent inventer , ce vieillard 89 ans remet en main propre , à l'arrière petit-fils du capitaine Marchall , capitaine lui-même , la lettre adressée à son aïeul par Bonaparte !
 
     La mission est accomplie après plus d'un siècle ; La lettre est remise en main propre, un jour de 1915, dans le désert du Sinaï , à cet homme qui , au milieu de 35 soldats , attend la mort avec courage.

     Le capitaine Marchall reprend péniblement la lecture du message :
« mon cher Marchall ; immédiatement après réception de cet ordre , que je vous envoie par un jeune indigène , vous déterrerez les provisions et les munitions enterrées sous le fort . Après avoir pris ce dont vous aurez besoin , détruisez l'excédent et retirez-vous en direction de la frontière égyptienne . Des trois routes qui existent , ne prenez aucune des routes côtières . Marchez sur la route centrale en descendant droit à travers le désert . Conservez comme la prunelle de vos yeux la carte ci-jointe, qui indique l'emplacement des points d'eau. Signé : Napoléon Bonaparte »

     À haute voix , le capitaine murmure : « c'est effrayant ! » , mais devant un tel signe du destin, comment douter de sa bonne étoile ? il fait donc creuser aussitôt la cour du fort et découvre effectivement des vivres et des munitions . Ce ne sont pas celles déposées par Bonaparte , mais par les Allemands et les Turcs, juste avant l'avance des alliés . Peu importe, ce sont des vivres et des munitions.

     L'officier décide alors d'utiliser le plan joint à la lettre et de tenter son va-tout . Celui-ci , se dit-il , est peut-être encore utilisable sur le terrain ; dans le desert, les choses évoluent si lentement .

     Profitant que le jour n'est pas encore levé , les 36 hommes vont donc emprunter dans le plus grand silence un sentier à travers les rochers qui va les conduire sur l'ancienne route désignée par Bonaparte , comme étant celle de la liberté . Toujours grâce au plan , ils vont ensuite retrouver les points d'eau qui leur permettront de progresser dans le désert et de retrouver les troupes alliées.

     Au moment de quitter le fort, le capitaine Marchall a un élan irrésistible . Il embrasse le vieil homme tout ému lui-même d'avoir pu , enfin , accomplir la mission dont son père l'avait chargé . C'est une bien étrange accolade.
-
« En me remettant la lettre, dit le vieillard, mon père me donna 2 pièces d'or. C'est le prix du service rendu , me dit-il , ne les dépense que si tu remplis la mission dont m'a chargé le grand pacificateur . Je vais les donner à mon petit-fils, il veut faire ses études à Paris. Je lui dirais d'aller te rendre visite. »

     L'histoire ne dit pas si l'arrière petit-fils du cheikh Maluk a rendu visite à l'arrière petit-fils du capitaine Marchall . Il est cependant étonnant de penser qu'aujourd'hui, en 2006, un homme puisse dire : « C'est grâce à une lettre de Bonaparte que mon arrière grand-père a pu, en 1915, se replier sans dommage dans le désert...Car la piste était sûre, et les points d'eau toujours là ».

Quoi que l'on pense de Napoléon Bonaparte aujourd'hui , il faut bien reconnaître qu'il ne laissait jamais aux hasard les détails de sa stratégie militaire.

 

 

 
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